Ça fait partie d’la game

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Publié parJean-Christophe Minguez Catégorie,

Finalement on n’a pas manqué de papier toilette? C’est en partie grâce aux 72 chauffeurs de Transport Charrette qui livrent la matière première pour sa fabrication. L’entreprise de Lanaudière se spécialise en effet, depuis 1982, dans le transport de résidus de bois. Quel est l’impact de la crise sur ses chauffeurs? Sarah Massicotte, conseillère ressources humaines, a bien voulu nous en parler.

Via Prévention: Durant cette crise, beaucoup d’attention se porte sur les chauffeurs de camion et les nouvelles règles qui leur sont imposées. Comment se passe l’adaptation chez vous?

Sarah Massicotte: Nous appliquons toutes les consignes de la santé publique. Au début de la crise, les réactions étaient très différentes d’une personne à l’autre. Certains, plus anxieux, les ont suivies à la lettre, dès le premier jour. D’autres ont eu plus de difficultés à se conformer.

Via Prévention: Comment parvenir à leur faire adopter ces nouveaux changements?

Sarah Massicotte: Ça passe essentiellement par de l’éducation. Il faut bien faire comprendre que c’est pour le bien de tout le monde, qu’il s’agit de décisions collectives. Mais que c’est aussi dans leur intérêt à eux comme celui de leurs proches. On peut aussi indiquer qu’il s’agit de procédures obligatoires comme il en existe d’autres dans l’exécution du travail et le respect de la SST. La dynamique des chauffeurs entre eux converge aussi naturellement vers le respect des consignes. Aujourd’hui, tout le monde les applique.

Via Prévention: Le moral des troupes est bon?

Sarah Massicotte: Il y a eu des débuts difficiles en raison du sentiment de rejet parfois vécu lors de livraisons ou de ramassages sur la route. Il était quelquefois difficile de suivre les consignes de désinfection du matériel, par exemple les écrans des balances lors des livraisons, car les lingettes et les bouteilles de gel hydro-alcoolique se faisaient voler. On a vu ça trop souvent dans les premiers temps. Par contre, une chose nous permettait de faire des blagues à l’interne: nous transportons la matière première pour fabriquer du papier toilette. Or, on se souvient que, dans les premiers jours de la crise, tout le monde se ruait sur ce produit. Les chauffeurs ont rapidement réalisé à quel point leur service était plus qu’essentiel pour la population.

Via Prévention: Les messages publics de valorisation des camionneurs relayés par les médias ont-ils eu un impact?

Sarah Massicotte: Un impact important. Cela mobilise et rend fier de travailler. Aujourd’hui on n’entend personne se plaindre de son travail. Les chauffeurs ont grandement apprécié que des municipalités comme St-Augustin-de-Desmaures et des hôtels comme Holiday Inn leur offrent un accueil privilégié. Des chauffeurs m’ont même dit que le comportement des autres usagers de la route a changé. Ils ont l’impression de ne plus trop prendre de place, de déranger. Le comportement est plus respectueux.

Via Prévention: À force de dire que tout va bien aller, est-ce que finalement tout va bien?

Sarah Massicotte: Depuis le début de la crise, notre taux de roulement de personnel est à zéro, nous n’avons connu aucun départ de chauffeur. Aucun jour de maladie, aucun accident de travail. La pandémie a changé beaucoup de choses au niveau professionnel, mais aujourd’hui tout le monde se dit que c’est un nouveau mode vie au travail, ça fait partie d’la game.


Jean-Christophe Minguez, agent de communications chez Via Prévention. Son travail consiste à marier Monsieur Plaisir et Madame Prévention. On peut le joindre à jean-christophe.minguez@viaprevention.com.