Consternants constants constats SIMDUT

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Publié parVia Prévention Catégorie

Par Samuel Laverdière, CRIA, pour le magazine Transport Routier, édition Janvier/Février 2020

Je ne crois pas qu’il y ait un aspect de la santé et sécurité du travail qui soit plus commun dans les milieux de travail québécois que les matières dangereuses. Elles sont manipulées, transvidées, mélangées, entreposées et éliminées dans des usines, des garages, des restaurants, des ateliers d’usinage, des mines, des chantiers, etc. Et, avec ces produits, lorsqu’un accident du travail survient, c’est un spectre très large de conséquences qui prend place: certains produits vont entraîner instantanément des effets graves, d’autres vont tranquillement accompagner le travailleur vers sa mort, rendu à l’âge de la retraite. D’autres produits n’auront que très peu d’effets. Voici quelques-uns des constats que j’ai faits ces derniers temps.

Le strict minimum

Pour bien des entreprises, le SIMDUT se limite à de la formation. Parfois elles auront trois ou quatre fiches de données de sécurité (FDS) que personne n’a lu ou qui sont expirées. Ce n’est bien souvent pas l’idéal, mais ça demeure mieux que rien du tout. Dans le meilleur des mondes, la formation des travailleurs arriverait à la toute fin du processus, après que la structure, les procédures et les équipements soient implantés et effectifs, conformément aux FDS des produits. Ces entreprises doivent faire en sorte que des actions aussi simples et minimales deviennent le meilleur investissement possible pour elles.

Partage et diversité

Un élément très simple pour susciter la participation, le partage de connaissances et d’expérience est de créer des groupes hétérogènes en formation: regrouper jeunes et plus âgés, jumeler les peu expérimentés avec ceux qui font partie des meubles et les travailleurs venus d’ailleurs avec les «de souche». La formation SIMDUT représente, selon moi, une occasion en or de partage de cas vécus et de bonnes pratiques, en plus de permettre à certains de comprendre les modes de fonctionnement internes de leur entreprise.

Étiquette et beurre de peanuts

Le SIMDUT est d’abord un système d’information qui permet aux travailleurs d’identifier les risques et les moyens de prévention pour une matière dangereuse X. Quoi de plus simple qu’une étiquette comme première source d’informations? Ce n’est pas pour rien que toutes les entreprises canadiennes doivent s’assurer que chaque contenant de matières dangereuses présent dans leur établissement soit identifié. Dans une entreprise, ça se conçoit aisément. Et, maintenant, j’ai une petite question pour vous: si j’allais fouiller dans votre garage ou votre cabanon, est-ce que je trouverais des pots de beurre de peanuts avec des vieux fonds de solvant? Des gélatines verdâtres dans des pots de confiture? Alors pourquoi, à la maison, est-ce qu’on les transvide dans des contenants ridicules sans le moindre étiquetage? Parce qu’on n’a pas d’obligation réglementaire comme dans le cadre du travail? Parce que la santé et la sécurité des membres de notre famille sont moins importantes? Évidemment, non. Mais c’est parfois une manière bien simple de sensibiliser les travailleurs et les gestionnaires à l’importance de conserver une information aussi minimale que celle de l’étiquette du contenant.

Le spécifique dans l’oubli

Un des éléments les plus importants qui ont été introduits dans la version 2015 du SIMDUT est l’obligation de former spécifiquement les travailleurs sur les produits dangereux qu’ils manipulent ou auxquels ils sont exposés. Qu’est-ce qu’on entend par là? Comme on ne laisse pas n’importe qui opérer n’importe quel équipement où réaliser n’importe quelle tâche, on ne peut pas autoriser un travailleur à utiliser une matière dangereuse pour laquelle il n’a pas été formé. Pour savoir s’il a une formation adéquate, il devrait être en mesure de répondre à ces questions:

  • Quels sont les dangers que présente le produit?
  • Comment puis-je me protéger contre ces dangers?
  • Que dois-je faire en cas d’urgence?
  • Où puis-je obtenir de plus amples renseignements?

Le volet spécifique d’une formation SIMDUT, c’est probablement l’aspect le moins bien appliqué dans les entreprises québécoises. En tant que préventionniste, formateur et conseiller, on ne peut prendre la place de l’employeur pour ce volet. L’employeur doit mettre ses culottes et s’assurer que ses travailleurs ont une formation adéquate et complète pour effectuer leur travail en toute sécurité.

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Samuel Laverdière, CRIA, conseiller en prévention chez Via Prévention, possède un baccalauréat en relations industrielles. Il forme et conseille des gestionnaires et travailleurs des entreprises de transport au Québec. On peut le joindre à samuel.laverdiere@viaprevention.com.