Des souris et des camionneurs

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©Voyage photo créé par kjpargeter

Par Samuel Laverdière, CRIA, pour le magazine Transport Routier, édition novembre 2019

Dans le célèbre roman Des souris et des hommes, de John Steinbeck, le personnage de Lennie Small est un homme imposant, doté d’une grande force physique, mais un peu gamin. Bref, un «doux colosse aux mains dangereuses». Étant incapable de contrôler toute la puissance qu’il peut produire, il fait régulièrement des bêtises : il tue, par accident, les petits animaux qu’on lui confie, et il lui arrive même de blesser des gens sans le vouloir.

En 2018, c’est 73 usagers de la route qui ont perdu la vie dans des accidents impliquant des véhicules lourds : des piétons, des cyclistes, des personnes âgées, etc. En bref, des usagers vulnérables. Et comme Lennie Small, malgré la corpulence et la puissance du camion, j’ai l’absolue certitude qu’aucun camionneur n’a la moindre intention de faire du mal à un autre être humain. Mettons de côté l’idée de la responsabilité de l’accident et tentons de voir comment on pourrait prévenir ces tristes événements.

Causes, contexte et cohabitation

D’abord, il y a une forte méconnaissance/insouciance des risques chez les non-conducteurs de véhicule lourd. Les angles morts d’un tracteur semi-remorque ou d’un 10 roues sont nombreux et vastes, ce qui n’empêche pas certains piétons/cyclistes de s’y engouffrer à leurs risques et périls. Chez les automobilistes et les cyclistes, les techniques de virage et les distances sécuritaires de freinage des camionneurs sont des notions malheureusement peu comprises et peu respectées. Dans l’ensemble, le partage de la route demeure difficile, et ce, malgré les efforts déployés par la SAAQ, les associations de piétons et de cyclistes ainsi que d’autres organisations de sécurité routière et de transporteurs.

Comment ces collisions surviennent-elles? Dans les situations accidentelles voiture/camionnette et véhicule lourd, plus de la moitié des collisions ont été des «faceà-face», sur une route droite et plane à 80-90 km/h, causés notamment par de l’inattention, une distraction, une conduite non adaptée aux conditions de la route, l’alcool ou par un autre comportement négligeant. Du côté des piétons et des cyclistes, 66 % des accidents mortels ont eu lieu à une intersection. Le facteur le plus souvent mis en cause est le comportement négligeant (ex. : traverser la rue au mauvais endroit ou à une lumière rouge). Aussi, on estime qu’environ un piéton sur cinq regarde son cellulaire en traversant à une intersection, ce qui limite l’attention et la possibilité de réaction lors de la traversée.


« On estime qu’environ un piéton sur cinq regarde son cellulaire en traversant à une intersection, ce qui limite l’attention et la possibilité de réaction lors de la traversée.»


Pour prévenir ces accidents de la route, les spécialistes en sécurité routière parlent souvent d’une approche anglophone nommée les «3E» :

  • Engineering : Concevoir, améliorer et outiller les routes et les véhicules existants pour les rendre plus sécuritaires (ex. : cabines à nez plat, portes vitrées, nombre, type et emplacement des miroirs, caméras et autres systèmes de détection).
  • Enforcement : Faire appliquer et respecter le Code de la sécurité routière par tous les usagers de la route (ex. : augmentation du nombre de constats d’infraction, plus grande présence des contrôleurs routiers et des policiers sur la route, augmentation du montant des amendes).
  • Education : Former et communiquer pour responsabiliser les usagers de la route face à la sécurité routière (ex. : suivi serré des conducteurs professionnels par leur organisation, inclure la cohabitation des véhicules lourds et des usagers vulnérables dans tous les cours de conduite).

Personnellement, je suis d’accord avec cette approche car elle ressemble beaucoup à la gestion de la santé et de la sécurité du travail privilégiée par Via Prévention. Bien sûr, les entreprises de transport de marchandises peuvent faire un bout de chemin là-dessus, les gouvernements et les citoyens aussi!

SSPT chez les camionneurs

Parmi les tristes conséquences d’un tel événement, il y a le syndrome de stress post-traumatique. C’est un trouble réactionnel qui peut apparaître à la suite d’un événement traumatique. Parmi les symptômes, on trouve des cauchemars répétitifs, des flashbacks, de la fatigue chronique, de la colère, un vide émotionnel, des idées noires, de l’anxiété et des crises de panique. Si tel est le cas, il ne faut pas hésiter à demander de l’aide pour réduire l’ampleur du traumatisme. L’organisme SSPT chez les camionneurs constitue une ressource importante pour guider les camionneurs et leur famille vers les intervenants appropriés (ssptchezlescamionneurs.com). L’organisme participera aux conférences du colloque de Via Prévention sur la santé psychologique dans le transport, le 20 novembre prochain.

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Samuel Laverdière, CRIA, conseiller en prévention chez Via Prévention, possède un baccalauréat en relations industrielles. Il forme et conseille des gestionnaires et travailleurs des entreprises de transport au Québec. On peut le joindre à samuel.laverdiere@viaprevention.com.