Tirer-pousser, pas si facile que ça !

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Tirer-pousser, pas si facile que ça !

Un texte de notre conseillère Sabina Samperi. Télécharger.

Tirer et pousser des charges lourdes avec un transpalette manuel : quels sont les risques et les limites?

La manutention de charges lourdes est une pratique courante dans nos entreprises. Quotidiennement, les manutentionnaires dans les entrepôts déplacent des palettes pesant une ou deux tonnes avec des transpalettes manuels.  Ils vont les chercher dans le fin fond de l’entrepôt et les déplacent jusqu’au quai de chargement ou elles seront chargées dans les semi-remorques. Par ailleurs, d’autres travailleurs font le «picking» avec leur transpalette pour préparer les commandes qui seront expédiées aux clients. Sur la route, les chauffeurs-livreurs doivent déplacer les palettes dans la semi-remorque et sur le quai de chargement avec un transpalette manuel comme seul outil pour  livrer la marchandise aux clients.

L’action requise par tous ces travailleurs est de tirer et pousser le transpalette. Cette action requiert une force considérable qui peut causer des douleurs, de la fatigue ou des lésions musculo-squelettiques.

Or, si dans certaines circonstances les employeurs ont le choix de fournir des équipements plus appropriés, tels que des transpalettes électriques, dans d’autres situations, cet appareil s’avère trop encombrant, notamment, dans les semi-remorques où l’espace est restreint et leur poids trop lourd.

La norme internationale  ISO 11228-2 et la norme française NF X35-109

Est-ce qu’il y a un poids maximal que l’humain peut tirer ou pousser sans risque à sa santé ? Et si oui, quel est-il, peut-il s’appliquer à tous ? Voyons ce que la norme  internationale ISO 11228-2, Action de pousser et tirer, recommande à ce sujet.

Cette norme, est le deuxième volet sur trois, dont le sujet principal est l’étude des forces lors de la manutention manuelle. La première édition est apparue en 2007, il s’agit d’un ensemble d’équations qu’il faut appliquer avec précision sur des paramètres tel que le poids de l’objet, l’angle de l’articulation de l’épaule et la posture du corps, la hauteur des poignées, l’âge et le sexe des travailleurs, la nature du sol, et plus encore. Les objectifs étant de déterminer les limites de force musculaire et squelettique,  ainsi que les limites de sécurité.

Cette norme n’est pas si simple d’application pour un gestionnaire en santé et sécurité qui aimerait évaluer les risques dans son entreprise. L’équipement nécessaire à la prise de mesure est un capteur de force 2 axes. Deux types de mesures doivent être prises, celle de la force tirer-pousser (T/P) initiale et celle de la force tirer-pousser de maintien.

  • La force T/P initiale est la force minimale utilisée pour surmonter l’inertie et mettre en mouvement le transpalette. Elle s’applique aussi lors d’un changement de direction en déplacement.
  • La force T/P de maintien est la force minimale requise pour maintenir en mouvement le transpalette.

Les forces initiales sont plus élevées que les forces de maintien et la norme ISO 11228-2 recommande de les réduire au minimum.

La norme ISO 11228-2, a établi des valeurs limites pour les deux types de force, initiale et de maintien, lors de l’action de tirer-pousser une charge lourde.  La force initiale ne doit pas dépasser 19 daN, et la force de maintien doit se maintenir à 9 daN. Cette dernière est maintenue pendant une plus longue période de temps.

 

Tableau 1. Norme ISO 11228-2

Force initiale

(daN)

Force de maintien

(daN)

Zone d’activité dans laquelle le risque est réduit pour tous les opérateurs Contrainte à risque minimum 10 6
Zone acceptable :

Zone d’activité dans laquelle le risque est réduit pour le plus grand nombre d’opérateurs

Valeur maximale acceptable 19 9
Zone sous conditions :

Zone d’activité dans laquelle le risque est accru, nécessitant une analyse approfondie

Valeur maximale sous contrainte 24 15
Zone inacceptable :

Zone d’activité dangereuse imposant une réduction des contraintes

Tableau tiré et adapté de l’article «Les efforts de tirer-pousser» de l’INRS. Les valeurs viennent de la norme NF X35-109. La mesure pour les forces est en daN (déca-Newton)

L’étude des forces de tirer-pousser un transpalette manuel avec sa charge ont été décrites dans la norme française NF X35-109, qui est une adaptation simplifiée de la norme ISO 11228-2. Les résultats sont les suivants :

Tableau 2. Norme NF X35-109

Charge

kg

Force initiale

daN

Force de maintien

daN

300 18 7
500 24 10
700 30 13
900 38 17

Tableau tiré de la norme FN X35-109

Le premier tableau définit la valeur maximale acceptable de la force initiale à 19 daN (déca-Newton), tandis que,  le deuxième tableau nous montre la force initiale pour un transpalette ayant des charges de différents poids (300, 500, 700 et 900 kg). La zone d’activité dans laquelle le risque est réduit pour le plus grand nombre d’opérateurs est celle qui correspond au poids maximal de 300 kg (661 lb), la zone d’activité dans laquelle le risque est accru et qui nécessite une analyse approfondie est située avec un poids de 500 kg (1102 lb).

Soyez averti que, les estimations de l’étude ne sont valides que si elles sont faites sur un sol plat, lisse et propre, avec des transpalettes bien entretenus. Si ces conditions ne sont pas atteintes dans votre entreprise, le poids de la charge devra être inférieur aux valeurs données par la norme NF X35-109 pour être sécuritaire.

À la lumière de ces chiffres, les normes mettent en évidence le danger de dépasser ces valeurs. Les risques de blessures musculo-squelettiques augmentent proportionnellement avec le poids de la charge. Il y a donc des risques pour les travailleurs, les blessures peuvent aussi bien être dans la région lombaire qu’au niveau des deltoïdes (épaules) et des trapèzes (muscles dorsaux) qui sont très sollicités.

D’autres variables doivent être prises en compte, puisqu’elles peuvent faire augmenter les forces de tirer-pousser. Il s’agit des efforts déployés par le manutentionnaire lorsqu’il négocie des courbes, lorsqu’il monte-descend des pentes et lorsqu’il roule sur un sol ayant des obstacles.

Les courbes

Lors d’un changement de direction, il y a une augmentation de la force de maintien pour permettre de donner une nouvelle trajectoire au transpalette.

Les pentes

L’opérateur qui manœuvre un transpalette dans une pente, lutte en permanence contre la gravité qui s’oppose à son déplacement. L’effort qu’il doit fournir est équivalent à la force initiale durant la totalité de son déplacement. La contrainte est très élevée. Les pentes devraient être évitées lors du déplacement de charges lourdes avec un transpalette manuel.

Sol ayant des obstacles

Un sol qui n’est pas parfaitement lisse, comportant des obstacles qui peuvent bloquer les roues, est une source de risque à la santé des opérateurs. La force initiale et une force de courte durée, mais néanmoins violente, qui peut causer des dommages au niveau du système musculo-squelettique. Décharger une remorque et tirer le transpalette sur le pont de liaison en est un exemple.

En conclusion, si vous ne pouvez améliorer les lieux de travail et réduire le poids des charges transportées, optez pour un transpalette motorisé.

Quoi  faire pour faciliter la tâche de tirer-pousser

Les recommandations suivantes faciliteront le travail des manutentionnaires et des chauffeurs-livreurs en réduisant ou en supprimant les facteurs de risques présents dans l’environnement, l’organisation du travail, les caractéristiques de l’outil de travail et de la charge, et  les conditions ambiantes. Enfin, il serait  également profitable de tenir compte de la capacité des travailleurs et de la méthode de travail utilisée.

Lieu de travail (intérieur):

  • Augmenter la visibilité en limitant les hauteurs des palettes et des gerbages ;
  • Réduire la fréquence des poussées et des tractions en aménageant des portes qui s’ouvrent automatiquement ou des portes munies de languettes de plastique transparent. ;
  • Pour réduire les accidents et la force nécessaire à la traction de la palette, éviter la circulation dans les pentes, surtout celles qui ont une forte pente ;
  • Les glissades, les trébuchements et les efforts excessifs peuvent être prévenus par l’entretien et la réparation de la surface des sols et des ponts de liaison au quai. Un sol nivelé, propre, sec, et non endommagé, facilite le roulement et réduit l’effort ;
  • Pour effectuer le travail de manière efficace et dans des postures appropriées, les zones de travail doivent être suffisamment spacieuses ;
  • Pour réduire la distance sur laquelle les charges doivent être poussées ou tirées, aménager les zones de stockage à proximité des zones de production ou des quais de chargement.

Lieu de travail (extérieur) :

  • Les conditions humides, glaciales ou glissantes peuvent présenter des dangers pour les tâches de poussée/traction ;
  • Pour prévenir l’engourdissement des mains lors du travail en températures basses, le port de gants et de vêtements appropriés est recommandé. S’habiller avec plusieurs couches superposées et garder des vêtements pour se changer en cas d’effort soutenu ;
  • Les températures et l’humidité élevées, sont la cause d’une fatigue rapide. Augmenter les pauses et la durée du travail lors de canicules ;
  • La semi-remorque est un espace exigu, limiter le poids sur les transpalettes et prévoir l’ordre des livraisons lors du chargement évite des manipulations risquées ;
  • Lors du stationnement du camion, éviter les pentes trop prononcées.

Roues du transpalette :

  • Vérifier si des morceaux de plastique ou de feuillard entravent le mouvement des roues ;
  • Lubrifier et entretenir régulièrement de manière adéquate les roues ;

Poignée du transpalette :

  • Pour réduire les forces de tirer-pousser, la hauteur de la poignée doit être comprise entre la hanche et le coude (entre 90 cm et 115 cm) ;
  • De manière générale, l’action de pousser comporte moins de risques que celle de tirer.

Capacités du travailleur :

  • Pour prévenir les efforts surhumains, charger le transpalette en fonction des capacités des travailleurs, en tenant compte de l’âge, du sexe et de l’état de santé ;
  • Prévenir les postures contraignantes par des sessions de formation adéquates qui augmentent le niveau de compétence et la capacité d’exécuter une tâche ;
  • Les chaussures doivent procurer une adhérence et un support adéquat pour l’environnement de travail.

Méthode de travail

  • L’opérateur doit tirer-pousser le transpalette dans une posture stable et équilibrée ;
  • La posture devrait toujours être confortable et naturelle pour permettre d’appliquer le poids de son corps à la charge, cela permet de réduire les forces s’exerçant sur le dos ;
  • Éviter les postures en torsion et flexion latérale ou antérieure (par en avant) ;
  • La position des mains ne doit pas être trop basse ou trop haute et éviter de rapprocher les mains.

Conclusion

La manutention de palettes, à l’aide d’un transpalette manuel, peut comporter des risques de blessures musculo-squelettiques. Ces blessures sont multifactorielles, il est cependant possible de réduire plusieurs causes de pénibilité lors des tâches de tirer-pousser le transpalette en mettant en place des mesures visant l’amélioration des lieux de travail,  un entretien régulier des transpalettes, en particulier les roues, le montage d’une palette bien équilibrée et adaptée aux capacités des travailleurs et une formation adéquate pour les travailleurs. Les normes ISO 11228-2 et NF X35-109 citées dans cet article sont une excellente source d’information pour la mise en place des mesures sécuritaires dans votre entreprise.

 

Bibliographie

Norme ISO 11228-2, Ergonomie-Manutention manuelle, Parti 2 : Action de pousser et tirer, avril 2007.

Norme NF X35-109, Ergonomie, Manutention manuelle de charge pour soulever, déplacer et pousser/tirer, octobre 2011.

Les effets de tirer-pousser, points de repère, INRS, ND 2365-22-12, Hygiène et sécurité du travail-3e trimestre 2012, Kevin, DESBROSSES, Jean-Pierre MEYER, Gérard DIDRY..