Ça commence mal une carrière

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Publié parJean-Christophe Minguez Catégorie

Publié le 25 novembre 2021

Lorsqu’il s’agit de la santé-sécurité des nouveaux travailleurs et nouvelles travailleuses, Dominique Beaudoin confie avoir « les antennes aux aguets et les réflexes aiguisés. » Elle n’oublie jamais ses débuts dans l’analyse de risques, à 21 ans. Elle a trouvé difficile de voir d’autres jeunes, comme elle, exposé.es à des risques dans leur milieu de travail et se répète encore que « Ça commence mal une carrière, un accident du travail ».
C’est le fun à lire

C’est quoi, au juste, un nouveau travailleur ou une nouvelle travailleuse ?

Dominique Beaudoin

Cela englobe beaucoup de personnes. Les jeunes à peine sortis de l’école, les personnes proches de la retraite qui changent de boulot, les nouveaux arrivants avec la volonté de s’intégrer dans cette nouvelle société. Dans sa planification pluriannuelle en prévention-inspection 2020-2023, la CNESST dévoile que les travailleurs les plus touchés sont ceux récemment embauchés ou nouvellement affectés à un poste. Peu importe leur âge.

CFAL

J’ai déjà assisté à la conférence que vous donnez sur le sujet et je me souviens de m’être posé la question suivante : comme la routine entraine une perte de la vigilance, en quoi les risques pour un nouveau travailleur sont plus importants ?

DB

L’habitude peut devenir notre pire ennemi car on peut baisser la garde quand on a de l’expérience, certes. Le grand défi d’un nouveau travailleur, de son côté, est de se trouver devant un paquet de nouveautés. J’aime bien travailler avec le MÉLITO, l’acronyme qui synthétise les 6 éléments d’une situation de travail : Moment, Équipement, Lieu, Individu, Tâche, Organisation. Le nouveau, ça se peut qu’il ait un nouvel horaire de travail, un nouvel équipement à utiliser, un nouvel aménagement des lieux et où les choses sont rangées, de nouveaux collègues avec différentes personnalités et façons de penser, plein de nouvelles choses qu’il n’a probablement jamais faites de sa vie et avec de nouvelles politiques, de nouvelles procédures SST et d’encadrement de la part de sa direction. De plus, à toutes ces nouveautés s’ajoute le facteur stress qui peut entrainer des comportements à risque.

CFAL

Et maintenant une question facile : comment fait-on pour éviter qu’ils aient des accidents, ces nouveaux ?

DB

C’est très vaste, il y a beaucoup de choses à faire.

CFAL

Si on devait se limiter à un seul élément clé, primordial, ce serait lequel ?

DB

Un plan d’intégration clair. Encadrer une nouvelle recrue est exigeant, il y a plusieurs connaissances et façons de faire à lui transmettre. De plus, s’assurer que les mesures préventives sont bien intégrées à son entraînement nécessite qu’il y ait une bonne analyse des risques. Sans plan, il est possible qu’on ne sache plus trop qui fait quoi avec les nouveaux et des notions essentielles peuvent tomber entre deux chaises. On ne veut pas ça. Le nouveau doit être attendu et le terrain préparé pour sa venue. C’est super important d’avoir une belle structure où chacun connait son rôle. Et ça prend des gens qui y croient. Parce qu’il y a tout le volet sensibilisation aux risques, en touchant les cordes sensibles.

CFAL

Ces gens-là, qui sont-ils ?

DB

Ça peut être toutes sortes de personnes : le responsable des ressources humaines, le conseiller ou le coordonnateur en SST le formateur à l’interne, le collègue de travail, mais on souhaite que ce soit le supérieur immédiat qui soit la pierre angulaire. C’est fantastique lorsqu’il parvient à semer la petite graine qui va faire fleurir l’esprit sécuritaire chez ses employés.

CFAL

Je vois qu’on peut faire de la poésie avec la SST…

DB

(rires) Disons qu’on essaie de rendre ça parfois un peu plus graphique… D’autres acteurs clés, ce sont les membres du comité de santé-sécurité. Parfois, les nouveaux se sentent plus à l’aise d’aller voir leurs pairs, sans barrière hiérarchique. Je mentionnerais aussi les ambassadeurs SST : ce sont les alliés des superviseurs. Ils sont clairement identifiés sur le plancher, sont disponibles et s’assurent que le nouveau ne prenne pas de risques par manque de connaissance ou de sensibilisation.

CFAL

On parle beaucoup de pénurie de main-d’œuvre. Y a-t-il un impact sur l’intégration des nouveaux travailleurs ?

DB

Forcément, oui. Par exemple, la personne qui accueille les nouvelles ressources est très sollicitée et elle doit en même temps accomplir son travail. C’est un gros enjeu d’organisation. Il faut trouver l’équilibre pour ne pas brûler ses ressources tout en s’assurant que les nouvelles recrues n’aient pas d’accident. C’est un gros défi au Québec, en ce moment. J’en ai des échos de la part de personnes qui ont la SST tatouée sur le cœur et qui sentent qu’avec la pénurie de main-d’œuvre, c’est un réel enjeu. Ce que je leur dis, c’est qu’en raison du moins de temps à consacrer il faut gagner en efficacité. Il faut toucher la corde sensible rapidement.

CFAL

Tout le monde n’est pas spécialiste des plans d’intégration. Où s’adresser si on veut de l’aide ? Pour bien monter mon plan d’intégration, par où devrais-je commencer ?

DB

Par suivre un webinaire au Centre patronal SST ! (rires) Aussi, la CNESST a agrémenté son site web d’outils qui répondent à de nombreuses questions. Voici deux liens très utiles :
Démarche d’intégration de vos nouveaux travailleurs
J’ai embauché du nouveau personnel ou de jeunes travailleurs.



Jean-Christophe Minguez, agent de communications chez Via Prévention. Son travail consiste à marier Monsieur Plaisir et Madame Prévention. On peut le joindre à
jean-christophe.minguez@viaprevention.com.