La deuxième couche

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Publié parJean-Christophe Minguez Catégorie,

Publié le 25 juin 2020

Prêt. Gaétan Aubin est un homme prêt. Quand il a confirmé l’heure de l’entrevue téléphonique, il a répondu en disant qu’il avait pensé à 10+1 points à couvrir. À l’issue de l’entrevue, il a envoyé le texte qu’il avait rédigé pour se préparer. Le directeur en sécurité et conformité de l’Express du midi et membre du C.A. de Via Prévention était fin prêt. C’est plutôt rassurant, en ces temps changeants. Et il n’y a pas que la COVID-19 qui influence les routes. Il a bien voulu nous en parler.
Via Prévention

Dans un contexte de pandémie qui chamboule toutes les façons de faire, comment un directeur conformité s’assure que tout est conforme?

Gaétan Aubin

Au début, on écoutait les points de presse des gouvernements canadiens, québécois, ontariens et de plusieurs états américains. D’heure en heure, les détails variaient, ce qui créait beaucoup de confusion. Il a fallu mettre en place toute une série de mesures sanitaires qui ont permis de rassurer le personnel, car il y avait beaucoup de craintes. On a fait des rencontres individuelles pour expliquer qu’il fallait impérativement se conformer aux règles sanitaires dictées par le gouvernement. On a acheté tout le matériel de protection et de prévention nécessaire. Les personnes qui craignaient pour leur santé ou pour celle de leur famille ont été rassurées. On entendait parfois n’importe quoi, des histoires abracadabrantes rapportées par les médias sociaux. Notre rôle était de toujours valider, pour toujours porter attention aux craintes de chaque personne et les apaiser. Certaines se trouvaient au bord de la panique.

V.P.

Avez-vous connu des cas de Covid dans votre équipe?

G.A.

On n’a eu aucun cas de Covid chez les membres de notre personnel ou leurs familles. Et on reste très prudent pendant la phase de déconfinement.

V.P.

Est-ce qu’aujourd’hui on peut dire que le pire est passé et que les choses se stabilisent? 

G.A.

Je ne sais pas si le pire est passé. La propagation accélère dans plusieurs états américains qui ont déconfiné.

V.P.

Et ces données influencent directement votre travail?

G.A.

Absolument. Et vous savez, la COVID-19, c’est la première couche. La deuxième, ce sont les problèmes sociaux, les émeutes, la violence que l’on observe aux États-Unis. On demande à nos chauffeurs de se tenir loin des endroits chauds, des couvre-feux, surtout dans le nord-est et le Midwest américains. Avant que nos chauffeurs partent, on leur donne un trajet à emprunter avec les zones et les horaires à éviter. Les heures du soir et de la nuit sont plus risquées que celles du jour. Le désordre social peut entraîner n’importe quoi. Or, la sécurité de nos employés, c’est prioritaire. On essaie de prendre des rendez-vous à des heures sécuritaires pour ne pas qu’un chauffeur se trouve dans la nuit dans la cour d’un client. On ne sait pas ce qui peut se produire. Un transporteur qui va aux États-Unis ne peut pas ignorer ce qui s’y passe. On a vu qu’en Oregon un vendeur d’armes a vendu tout son stock. Je parle régulièrement aux chauffeurs et, dès leur première journée, du grand «S». Soit la sécurité ici, sur la route et chez nos clients. Il faut penser tout le temps sécurité. C’est la priorité numéro un.

V.P.

Est-ce que vos chauffeurs vous parlent des événements violents?

G.A.

Oui. Ils voient des gens armés, des patrouilles policières. Ils arrivent souvent très tôt chez un client, entre 4 h et 6 h du matin. Ils rencontrent régulièrement des barrages de policiers qui les détournent avec la main sur le revolver. On ne voudrait certainement pas qu’un de nos chauffeurs se retrouve au mauvais endroit au mauvais moment.

V.P.

Cela influence le travail des répartiteurs?

G.A.

Avant chaque voyage, le répartiteur vient me voir pour savoir s’il y a du danger sur le chemin à emprunter. Ma job est de m’assurer que ce sera sécuritaire. Il est facile de savoir s’il se passe quelque chose dans une ville américaine et de pouvoir indiquer à quelles heures éviter quels secteurs. On suit de près les situations qui pourraient créer du danger pour nos gens, que ce soit la COVID ou les violences dans les villes. Pour que tout se passe dans le respect du grand «S». Il faut garder espoir.



Jean-Christophe Minguez, agent de communications chez Via Prévention. Son travail consiste à marier Monsieur Plaisir et Madame Prévention. On peut le joindre à
jean-christophe.minguez@viaprevention.com.