Les blessures aux mains: ben voyons!

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Publié parVia Prévention Catégorie

Par Samuel Laverdière, CRIA, pour le magazine Transport Routier, édition Mars 2020

Si je vous demandais quel est le type d’accident de travail le plus banal dans une entreprise de transport, que me répondriez-vous? Probablement que les blessures aux mains arriveraient dans votre top 3, avec les poussières dans les yeux et les brûlures d’estomac (mettons). Entendez-vous ce genre de commentaires chez vos travailleurs?

Par exemple:

  • C’est juste une coupure mineure;
  • J’perdrai pas des heures pour une coupure;
  • C’est normal qu’on se coupe quand on travaille avec ses mains;
  • Vous exagérez en santé sécurité…
  • As-tu déjà essayé de travailler avec des gants?

Pour le corps humain, une main représente une pièce d’ingénierie d’une très grande complexité: 27 os, 48 nerfs et 123 ligaments et tendons fonctionnant en symbiose pour nous permettre d’accomplir des actions minutieuses, de saisir des objets. Alors, en 2020, pourquoi sommes-nous si peu enclins à les protéger et à les maintenir en bonne santé?

Pas besoin de marcher bien bien longtemps dans un événement SST pour rencontrer toutes sortes d’entreprises qui vendent différents types de gants. Évidemment, un modèle de gant n’est pas en mesure de prévenir toutes les blessures potentielles. Parce qu’au-delà de porter un équipement de protection individuelle comme un gant, il faut connaitre les risques auxquels nos travailleurs sont exposés.

Ayoye donc!

Les risques de blessures aux mains, ça veut tout dire et en même temps, ils sont tellement près qu’on finit par ne plus les voir. Pour un conducteur de véhicule lourd, ces risques ressemblent entre autres à des coupures (avec un X-acto, en manipulant des marchandises, par exemple) et des brûlures (contact avec des pièces chaudes du moteur ou par le froid comme avec le propane).

Pensez à l’arrimage et au coincement des doigts avec un tendeur à chaine, se faire entrainer les doigts dans les pièces en mouvement du moteur, s’écraser les doigts en déposant du matériel ou avec un bon coup de marteau.

Vous avez des marchandises dangereuses dans votre chargement: et si vos mains étaient éclaboussées? Est-ce que vous vous lavez toujours les mains avant de manger, de fumer ou d’aller à la toilette? Imaginez si vous étiez un éboueur… et qu’un citoyen avait mis des seringues dans un sac poubelle et que ça vous pique un doigt. Ce n’est pas seulement les infirmières qui ont des accidents du travail avec des seringues usées. Et si on regardait les tâches de vos mécaniciens?

OK. Pis, à c’t’heure?

Vous allez me trouver assez répétitif avec mes chroniques précédentes, car les blessures aux mains ne sont pas étrangères aux autres types de blessures et maladies professionnelles gérées en entreprise. Voici les six questions à se poser et des exemples de solutions pour chacune:

  1. Est-ce qu’on pourrait organiser le travail de façon à ce que le travailleur ne soit pas exposé à un risque de blessure aux mains? Par exemple, pour éviter l’entrainement d’une main dans une courroie du moteur, en faisant les vérifications sous le capot avec le moteur éteint, le risque est de 0. Génial!
  2. Le risque est présent… d’accord. Peut-on l’éviter? Dans le cas de transmission de contaminants, des solutions simples comme se laver les mains ou utiliser des lingettes et du Purel peuvent s’appliquer.
  3. Est-ce qu’on pourrait utiliser un outil plus sécuritaire pour faire la tâche? Pour le tendeur à chaine traditionnel, le passage au tendeur à cliquet permet d’éviter le risque de coincement des doigts.
  4. Peut-on revoir la méthode de travail? Par exemple, pour le changement de la bonbonne de propane du chariot élévateur, on peut laisser caler le moteur au lieu de l’exposer inutilement au propane liquéfié.
  5. On convient de porter des gants. Lesquels? Pour les coupures? Contre l’acide? Un grand besoin de dextérité? Il existe des modèles de gants pour tous les types de risque.
  6. Doit-on former les travailleurs sur les risques de blessures aux mains? Dans presque 100% des cas, la réponse est oui.

En résumé, ne laissez pas la sécurité de vos travailleurs vous filer entre les doigts, n’y allez pas de main morte!

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Samuel Laverdière, CRIA, conseiller en prévention chez Via Prévention, possède un baccalauréat en relations industrielles. Il forme et conseille des gestionnaires et travailleurs des entreprises de transport au Québec. On peut le joindre à samuel.laverdiere@viaprevention.com.