S’échauffer pour prévenir

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Publié parVia Prévention Catégorie

Par Samuel Laverdière, CRIA, pour le magazine Transport Routier, Mai 2021

Pour un camionneur, laisser tourner un moteur quelques minutes pour qu’il se réchauffe avant de commencer le travail, ça se conçoit très bien. Le travailleur en fait-il de même avec son propre corps? Laissez-moi en douter.

Ce serait, par contre, une très bonne habitude à prendre, encore plus si les capacités physiques du travailleur sont mises à rude épreuve durant son quart de travail! Ça devient primordial de préparer son corps à l’effort qui sera exigé si on veut le conserver en état pour les années à venir.

Sans même penser à forger des athlètes, il existe une multitude d’exercices simples procurant un échauffement efficace et court qui permettrait à des camionneurs, chauffeurs-livreurs, éboueurs, mécaniciens et manutentionnaires de prévenir des accidents de travail et des blessures musculo-squelettiques. Mais par où commencer?

Échauffement vs étirement

La première chose à mettre au clair, c’est la distinction entre l’échauffement et les étirements. S’échauffer, ça consiste à préparer son corps à la réalisation d’une tâche, comme le joueur de hockey qui fait son warm up en patinant légèrement et qui, progressivement, augmente son tempo de lancer et de patinage.

D’un autre côté, les étirements ont pour fonction d’améliorer l’élasticité des tissus afin d’augmenter sa flexibilité. Donc, ce qu’on doit retenir, c’est qu’avant de commencer à travailler, échauffez-vous progressivement et suffisamment, et lorsque vous aurez conclu votre journée, c’est à ce moment que les étirements viendront optimiser votre mobilité (amplitude de mouvement) et votre potentiel de récupération.

Préalables

Outre vos vieilles blessures de guerre et vos limitations fonctionnelles, il y a certains éléments à considérer pour maximiser l’efficacité de l’échauffement avant le travail.

Parmi ces préalables, pensez d’abord à votre choix de vêtements : vous permettent-ils de bouger librement? Des Levi’s, c’est confortable, je l’avoue. Mais pour un chauffeur-livreur, ce pantalon devient-il une contrainte aux mouvements? Avez-vous déjà vu une gymnaste en jeans? Non? Moi non plus.

Aussi, pour permettre aux travailleurs de réaliser leur échauffement, il faut parfois faire des petits achats fort peu dispendieux : quelques bandes élastiques (moins de 20 $ chacune) et des manches à balai ou des tuyaux en PVC de ½ pouce (environ 7 $ chacun), par exemple. Un si faible investissement qui pourrait peut-être prévenir une réclamation à la CNESST pour un trouble musculo-squelettique… c’est un no brainer.

Faut le faire pour le croire

Comme il est difficile d’illustrer des exercices dans une chronique, voici 3 éléments importants à considérer pour créer sa routine d’échauffement:

  1. Préparer le corps à réaliser les tâches. À sa face la plus simple, l’échauffement doit être composé du même genre de mouvements que ceux qui seront réalisés dans la tâche : pousser, tirer, soulever, courir, lancer, sauter, etc.
  2. Simuler les mouvements avec des objets légers. Les bandes élastiques, les tuyaux de PVC ou n’importe quel autre objet léger disponible Simuler les mouvements avec des objets légers. Les bandes élastiques, les tuyaux de PVC ou n’importe quel autre objet léger disponible.
  3. Miser sur la surcharge progressive. L’objectif est de graduellement augmenter le poids des charges et l’intensité des mouvements durant l’échauffement, de façon à ce que le corps soit prêt à exécuter les tâches dès les premières secondes des premiers efforts physiques.

Autres recommandations

Pour les entreprises et travailleurs intéressés à intégrer l’échauffement à leur routine quotidienne, il faut nécessairement mettre en place un cadre beaucoup plus grand dans lequel les warm ups prendront place. Allouer les installations nécessaires et investir en équipement, c’est le minimum. Mais une implication de la direction, la promotion de saines habitudes de vie (alimentation, sommeil, consommation d’alcool modérée, absence de tabagisme) et la création d’une communauté active de travailleurs auront encore bien plus d’effets sur les résultats à long terme.



Samuel Laverdière, CRIA, conseiller en prévention chez Via Prévention, possède un baccalauréat en relations industrielles. Il forme et conseille des gestionnaires et travailleurs des entreprises de transport au Québec. On peut le joindre à samuel.laverdiere@viaprevention.com.

Ma vision de la prévention se pose sur l’ensemble des composantes qui influencent la sécurité des environnements de travail. Il est extrêmement valorisant de contribuer à garder les travailleurs en santé et en sécurité.